The Blue Trail
Plate-forme : DVD
Date de sortie : 25 Février 2026
Résumé | Test Complet | Actualité
Editeur :
Développeur :
Genre :
film
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Réalisé par Gabriel Mascaro.

La vie n'offre pas grand-chose aux personnes âgées – du moins, c'est ce que pense le gouvernement brésilien, qui a mis en place un système reléguant les retraités au rang de citoyens de seconde zone. Placés sous la tutelle de leurs enfants, ils doivent obtenir leur autorisation pour toute démarche officielle ou voyage. S'ils quittent leur quartier, ils risquent d'être emmenés par une dépanneuse. Finalement, ils sont contraints de s'installer dans une « colonia », une communauté de retraités isolée du reste de la société. Tereza ( Denise Weinberg ), fraîchement retraitée, refuse de quitter la vie dignement. Elle décide de s'enfuir pour réaliser son rêve : voler une dernière fois…

L'histoire de « The Blue Trail » s'inscrit dans un contexte d'une grande actualité : le Brésil vieillit à un rythme alarmant, avec près de 11 % de la population âgée de plus de 65 ans. Bien que ce bouleversement démographique n'ait pas encore atteint l'ampleur observée dans les pays européens, le taux de natalité dans le plus grand pays d'Amérique latine, à environ 1,6 enfant par femme, est aujourd'hui à un niveau historiquement bas. Si, dans de nombreux endroits, il est encore courant que les enfants prennent soin de leurs parents et grands-parents, la question de la gestion du vieillissement de la population se pose. Dans son quatrième long métrage, le réalisateur Gabriel Mascaro apporte une réponse résolument pessimiste à cette question, nous présentant une dystopie satirique où l'âgisme atteint des sommets. À travers de nombreuses scènes, il nous confronte aux absurdités de notre société, sans pour autant tomber dans le moralisme pesant. Naturellement, le spectateur éprouve de la sympathie pour Tereza et ses camarades, humiliés par les plus jeunes, voire par leur propre famille. Cependant, l'héroïne n'est pas une figure purement héroïque ; ses décisions et ses prises de position invitent à la discussion.

Outre l'âgisme, le réalisateur de Ventos de Agosto (2014), Neon Bull (2015) et Divino Amor (2019), en collaboration avec le scénariste Tibério Azul, explore d'autres thèmes récurrents dans sa filmographie : le rôle de la foi dans son pays, encore profondément religieux, la nature vierge de la terre et la manière dont l'humanité la façonne à sa guise. Parfois, la critique sous-jacente est clairement perceptible dans des images de pneus de voiture empilés sur les berges ; d'autres fois, elle se dissimule plus subtilement derrière des plans de poissons aux couleurs éclatantes. La structure narrative de The Deepest Blue  se présente avant tout comme celle d'un road movie, à ceci près que le voyage se déroule sur un bateau et sur une rivière. On y retrouve ainsi les motifs typiques du genre : la quête de liberté de Tereza, ses rencontres avec divers compagnons qui la confrontent à leurs réflexions sur la vie, et une destination désirée qui, finalement, s'avère moins importante que le voyage lui-même. Dans l'ensemble, Mascaro parvient avec brio à construire son univers surréaliste sans décors élaborés ni effets spéciaux numériques : quelques scènes aux accessoires saisissants, la musique synthwave de Memo Guerra , qui rappelle celle de Blade Runner (1982) de Vangelis – bien que les sonorités soient un peu moins menaçantes –, et l'évocation de lieux éloignés de la région amazonienne traversée par Tereza, phonétiquement modifiés, voire inexistants, suffisent. L'utilisation de la lumière naturelle, ainsi que des néons, baigne le monde d'un voile onirique et contribue à une atmosphère mélancolique, en accord avec le sujet du film. Pourtant, le lauréat de l'Ours d'argent de la Berlinale 2025 évite les cris et les larmes excessifs (à l'exception peut-être de quelques rares moments de soulagement ou d'euphorie). Si le monde est inhumain, cette inhumanité semble banalisée, exprimée par des remarques sèches ou des gestes nonchalants. Même le bleu escargot, qui donne son titre au film et qui promet espoir et rédemption, demeure un symbole ambivalent dans cette logique : irisé, mais jamais véritablement réconfortant.

VERDICT

-

« The Blue Trail » aborde avec brio le thème du vieillissement dans un futur dystopique sans tomber dans un moralisme pesant. Par la combinaison d'une simplicité visuelle et d'une ambivalence émotionnelle, le film invite à la réflexion sur la dignité, la liberté et la place des personnes âgées dans la société. C'est précisément par sa sobriété et sa discrétion qu'il marque durablement les esprits, non par le drame, mais par les questions qu'il soulève.

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