Réalisé par Yossi Aviram.
À Tel-Aviv, le procès d'un ancien criminel nazi bat son plein. Anna (Valeria Bruni Tedeschi), une écrivaine française, s'y rend dans l'espoir d'entendre le témoignage de son père, un survivant de la Shoah qui s'est toujours muré dans le silence. C’est là qu’elle croise Ori (Yona Rozenkier), un Israélien à la dérive qui sort d'une tentative de suicide. Le choc est immédiat pour Ori : il est persuadé qu'Anna est la femme qu'il a follement aimée à Turin, vingt ans plus tôt. Pourtant, Anna affirme qu'elle ne l'a jamais rencontré. Déterminé à percer ce mystère (ou à raviver un souvenir qui n'appartient peut-être qu'à lui), Ori entraîne Anna dans une virée vers le désert du Néguev, là où l'absence d'ombre oblige à affronter la lumière crue de la vérité.
Après son remarqué premier long-métrage La Dune, Yossi Aviram revient avec une œuvre délicate et mélancolique, coécrite avec Valeria Bruni Tedeschi. Le film est une exploration à la lisière du drame judiciaire, de la romance fantomatique et de la réflexion sur la mémoire historique. Valeria Bruni Tedeschi insuffle à son personnage sa vulnérabilité habituelle, mais avec une retenue nouvelle, oscillant entre l'agacement et une curiosité mélancolique. Face à elle, Yona Rozenkier est une révélation : sa présence physique brute et son regard hanté incarnent parfaitement la "deuxième génération" (les enfants de survivants), portant un poids qu'ils n'ont pas vécus eux-mêmes. Le film entrelace habilement la Grande Histoire (le procès nazi, la Shoah) et la petite histoire (l'idylle supposée de Turin). Le réalisateur suggère que la mémoire est malléable : on peut oublier un traumatisme historique comme on peut inventer un souvenir amoureux pour combler un vide existentiel. La seconde partie du film délaisse les salles d'audience pour les paysages arides d'Israël. Le désert n'est pas qu'un décor ; c'est un espace de dénuement où les faux-semblants s'effacent. Le titre prend alors tout son sens : sous le zénith du désert, il n'y a nulle part où cacher ses secrets ou ses mensonges. Yossi Aviram filme avec une grande économie de moyens, privilégiant les visages et les silences. On notera également l'esthétique de l'écriture (Le film rend hommage à la littérature et à la création comme moyens de panser les plaies) et le rythme (C'est un film contemplatif, qui prend le temps de laisser les émotions infuser, ce qui peut dérouter les amateurs de thrillers traditionnels).
VERDICT
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Il n'y a pas d'ombre dans le désert est un film "fantôme", d'une grande poésie, qui traite de la transmission du traumatisme sans jamais tomber dans le pathos. C'est une œuvre sur le besoin vital de fiction pour supporter le réel. Un film qui reste en tête bien après le générique, comme un souvenir dont on ne sait plus s'il nous appartient.